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Sarah Martinez
Résumé : Une découverte de la journée marché de Sœur Jeanine : la vente des légumes frais produits à la ferme aide à faire vivre l’orphelinat.
Sarah Martinez traduit avec émotion sa rencontre avec les enfants et la richesse des moments partagés avec eux, que ce soit devant les devoirs, lors d'une journée au bord de la mer ou avec la plus petite recevant un éléphant bleu en peluche : « des étoiles plein les yeux, et muette d’émotion; le bonheur, c’est ça et rien que ça ».
Sœur Jeanine vit à Madagascar depuis pratiquement 40 ans, sœur missionnaire avec un cœur gros comme ça, devenue la maman d’enfants malgaches abandonnés. Tous les ans depuis qu’ils se sont rencontrés, mon père retourne voir Sœur Jeanine, quatre ans déjà et. c’est grâce à lui que nous sommes dans l’avion.
Atterrir à Diego Suarez, quel nom de rêve, du nom des découvreurs (1) probablement… Sœur Jeanine et sa 504 break nous attendaient et quel accueil ! « Vous êtes les bienvenus.» L’aventure Sainte Famille commençait et c’était déjà magnifique.
Devant les grilles du bâtiment Sainte Famille, les enfants sont tous là, en habits du dimanche ; leur bonjour est timide. On ne se connaît pas encore, la confiance viendra plus tard; mais une semaine, c’est trop court. Sœur Victorine, un petit bout de femme malgache très dynamique, nous accueille avec le sourire.
À peine les bagages déposés, départ pour la tournée des grands hôtels de Diégo et la vente des fruits et légumes de la ferme Saint Damien.
Sœur Jeanine est la seule française de Madagascar à qui l’Etat a fait don d’un terrain au profit de l’orphelinat. Cent soixante hectares mis à profit pour créer une ferme maraîchère, où Sœur Thérèse, aidée de l'un des enfants aujourd'hui adulte et du gardien, cultivent la terre.
La vente des légumes aide à faire vivre l’Orphelinat. Sœur Jeanine tient une véritable comptabilité analytique sur trois livres et choisit ainsi les productions les plus rentables.
Partis vendre tomates- grosses, petites, ovales ou rondes, jaunes ou rouges- haricots verts, salades, patates douces…nous nous arrêtons aux grands hôtels… Sœur Jeanine connaît tous les chefs cuisiniers et ils savent ce qu’elle fait pour les enfants malgaches, alors ils lui achètent ses légumes. Arriver entre 8h et 9h dernier carat, sinon le chef est parti acheter ses légumes au marché. Mais n’allez pas croire qu’ils soient tous avenants ou sympatiques ! Certains se contentent de désigner d’un signe de la main les légumes souhaités sans bonjour, ni au revoir. Sœur Jeanine, parlant un malgache impeccable, loin de se démonter, insiste poliment afin que l’on en prenne davantage, toujours davantage ! La devise : essayer de revenir paniers vides et porte-monnaie plein.
Par une chaleur torride, les caisses pleines de légumes sont bien lourdes à porter : à quatre ou deux c’est déjà difficile, comment s’en sort –elle toute seule ? Quelle force physique et morale, ma soeur!
De 8h à 12h30, après les hôtels, la tournée se poursuit chez les particuliers, en français ou en malgache : « Prends des tomates, elles sont bien mûres, elles viennent directement de la ferme ; pour faire des sauces, y a pas mieux ». L’argument de choc, c’est que tous les produits vendus à Diego viennent de Tananarive, la capitale, et ont perdu leur fraîcheur au cours du long voyage ; alors que les produits de la ferme sont tout frais et cela se voit !
L’heure du déjeuner a sonné, Sœur Victorine, préposée à la tenue des maisons, ménages et repas, a tout préparé. Il y a en effet trois maisons : Sainte Famille (où nous sommes installés, avec Jeanine), Nazareth, (où dorment les grandes, et le reste des filles) et enfin Clair Logis (dortoir des garçons). L’ensemble abrite 20 enfants, de 6 ans à 18 ans.
Ils sont studieux et font leurs devoirs dès leur retour de l’école. Deux passaient le lundi le certificat d’étude, et l’ont d’ailleurs réussi haut la main. Deux autres préparent le bac.
Nous avons apporté une pleine valise de fournitures diverses -stylos, cahiers et livres- récoltées en France, grâce à la générosité de nos amis et collaborateurs. Estomaquée devant tout ce matériel, Sœur Jeanine le distribuera à chacun pour la rentrée scolaire, sans favoritisme. Seul l’éléphant bleu en peluche est déjà posé sur le lit de la plus jeune et nouvelle arrivée : une surprise pour son retour de l’école. Peu après, elle vient nous voir, serrant très fort l’éléphant bleu contre elle, des étoiles plein les yeux, et muette d’émotion. Le bonheur, c’est ça et rien que ça.
La vie de la Sainte Famille a été un peu bouleversée par notre arrivée : deux bouteilles de vin pétillant dans nos bagages pour remercier de l’accueil :une idée un peu farfelue ! Quant on part dans un orphelinat, on pense plutôt à emporter des choses utiles. Mais l’idée était géniale et la fête était joyeuse lorsqu’on a fait péter les bouchons et passé une soirée magique.
Chaque année la tradition est d’emmener les enfants au bord de la mer, à Ramène ou aux Trois Baies, à 20 kms de piste de Diégo. Nous voilà pour une heure en 504, tous les enfants à l’arrière, excités de sortir de Diégo et de passer la journée dans la mer.
Le soir au retour à l’arrière avec les enfants, les questions fusent : « Tu as une maman toi ? » - « Bien sûr !» Mais pourquoi ai-je dit cela ? Ces enfants sont orphelins ou abandonnés, mais semblent heureux, jouent, rient et l’on oublie qu’ils gardent cette fêlure cachée. Et l’on se prend à les aimer encore plus.
Le jour du départ, on s’est embrassé très fort, les larmes dans les yeux et la gorge serrée : « À bientôt Sœur Jeanine, je reviendrai et je sais que tu seras là avec le sourire, à m’attendre, la maman des enfants de Diégo ».
Juin 2008, Sarah Martinez
(1) D’après l’encyclopédie Wikipédia, « Diego Suarez, Antsiranana « le port » en malgache, est la plus grande ville du nord de Madagascar et le troisième port de la Grande île ». Il existe plusieurs hypothèses sur l’origine du nom de Diégo Suarez :
- La baie découverte par les navigateurs Diogo Dias et Fernan Soares porte leurs noms.
- la baie fut découverte en1543 par un explorateur portugais du nom de Diégo Suarez.
Le tout premier nom était Antomboko, qui signifie «troué, perforé» en raisons d’une immense baie naturelle sur 156 km, la 2e plus grande au monde après celle de Rio de Janeiro.
(2) À l’hôtel, le prix de la chambre est à plus de 80€, somme exorbitante pour un malgache dont le revenu moyen est de 70 € par mois.





