Articles
Trois lozériennes de Mende
Résumé : Témoignage détaillé de trois mendoises qui ont vécu un mois au sein de la grande famille de Sœur Jeanine; ici les tâches quotidiennes sont partagées : table, linge, ménage, préparation des cacahuètes pour la vente... ; on évite le gaspillage de riz, base de la nourriture, d'eau, d'électricité.
Sœur Jeanine informe régulièrement les membres des décisions prises et chacun s'intéresse à tout ce qui fait la vie du foyer y compris à son histoire.
Nous avons vécu une expérience très enrichissante.
Nous avons mis tout notre savoir pour aider au maximum Jeanine et Victorine, responsables des foyers Nazareth et Ste Famille de Diego-Suarez. C’était le but que nous nous étions fixé.
La vie du foyer se répartit sur 3 lieux proches les uns des autres : Ste Famille – Nazareth et Clair Logis.
Victorine « butine » d’un endroit à l’autre et assure tous les repas pour 20 enfants ou jeunes et les 2 responsables (Jeanine et Victorine). Elle dort à Clair Logis avec tous les garçons.
Jeanine réside à Nazareth avec 5 enfants. A la Ste Famille, ce sont les 2 nouvelles bachelières qui en assurent le fonctionnement.
Les repas se prennent à Nazareth et à la Sainte Famille, les enfants (tout comme Victorine et Jeanine) étant répartis sur ces 2 lieux à ces moments-là.
Beaucoup d’aller-venues se font régulièrement entre ces 3 lieux.
Nous avons particulièrement travaillé à la réception, au tri et à la vente des fruits et légumes en provenance 3 fois par semaine, de St Damien (exploitation agricole à 40 kms de Diégo).
La tournée en 4x4 chargé de fruits et légumes conditionnés, débutait à 8 h. au premier hôtel et durait toute la matinée à travers Diégo, à la recherche d’éventuels clients.
Du fait de la crise malgache, le manque de tourisme entrainait peu de travail au niveau des hôtels et donc peu d’achats de légumes. D’où la difficulté à écouler la marchandise. Du porte à porte auprès des commerçants voir même des particuliers était nécessaire pour rentrer à vide.
Jeanine tient à jour les comptes journaliers. Elle note les quantités de légumes et fruits vendus ainsi que le montant de chacune des recettes correspondantes. Un récapitulatif mensuel est fait pour évaluer chaque production.
La vie des foyers.
Tous les enfants et jeunes sont partie prenante dans la bonne marche des foyers. Ils participent activement à toutes les tâches quotidiennes, en fonction de leur âge et aptitudes. Ils sont responsables d’un travail bien défini. Ils assument de façon très régulière : lavage des sols, ménage, vaisselle, préparation du feu, nettoyage des récipients, mise en place et rangement de la table pour les 3 repas, balayage des cours et terrasse, … Chaque samedi, lessive dans le lavoir, chacun s’occupe et est responsable de son linge.
Selon les besoins, ils pilent des cacahuètes pour les mélanger au riz du petit déjeuner, ils trient le riz. Surprenant pour nous, Jeanine nous dit l’acheter par tonne (4 sacs de 50 kgs ont été portés à St Damien, cette provision sera consommée en 1 à 2 mois maximum).
Ensemble, on décortique les cacahuètes que Victorine doit faire griller devant le feu avec la grosse chaleur ; ensuite, on enlève la deuxième peau, on pèse, on met en sachets. Ils sont vendus sur commande dans les hôtels. Cette production a été sélectionnée par le « Grand Hôtel » de Diégo, qualité et soin ont été reconnus.
Cet important travail est laborieux mais accompli dans la bonne humeur par les enfants et sous forme de jeu parfois récompensé.
La vente des lapins et canards ne se fait que sur commande.
Nous avons aussi constaté que chacun des membres de cette grande famille a le souci de ne rien gaspiller. On fait très attention à la consommation de l’eau, pour la vaisselle, le lavage des légumes, du linge. Attention aussi à la consommation de la lumière (il fait nuit à 18 h.), pas de lampe allumée sans besoin, les enfants observent… nous font gentiment des remarques sur nos comportements si besoin. Il faut parfois subir des coupures d’électricité inopinées, fréquentes, sans explication, nécessitant un recours rapide aux bougies.
Tous ont aussi un grand souci de la sécurité, fermeture des portes, des portails, en raison de vols réguliers dus à la pauvreté. Ils sont très responsables.
Ils s’intéressent à tout ce qui fait la vie du foyer, aux décisions prises par Jeanine qui les informe régulièrement.
Tous les enfants sont scolarisés dans des écoles privées qui obtiennent de bien meilleurs résultats.
Nous avons eu la joie d’assister à la réussite brillante de l’un des enfants au Certificat d’Etudes et suite à notre retour avons été informées du succès au Baccalauréat de 2 jeunes filles qui étaient alors en pleine révision.
Cette année, tous ont eu la satisfaction de passer en classe supérieure. Chacun mesure l’importance des études pour son avenir.
Nous avons été impressionnées par leur copieux repas ; le riz est présent au cours des 3 repas quotidiens, particulièrement au petit déjeuner ; pas un grain n’est gaspillé. Leur appétit nous a époustouflées… Ils sont en parfaite santé, ce qui n’est pas souvent le cas à leur arrivée dans le foyer (malnutrition).
Après le repas du soir, un moment est réservé pour une courte prière. A noter qu’il y a toujours une intention et une pensée pour St Paul et St Damien, en référence aux 2 enfants du foyer Paul et Damien, décédés et enterrés à Diégo. Leur disparition reste douloureuse. ; chacun connaît leur histoire, même ceux qui ont intégré le foyer après ces évènements.
Jeanine parle régulièrement et ouvertement du vécu de chacun.
Durant notre séjour.
Nous avons eu le plaisir de fêter 2 anniversaires : celui de Victorine, toujours très active, abeille besogneuse, efficace et discrète, puis les 18 ans de l’une des futures bachelières.
L’une des jeunes du foyer, en première année de l’Ecole d’Infirmières, nous a permis d’aller à l’hôpital pour lui rendre visite sur son lieu de stage. A cette occasion, elle nous a présenté son équipe de travail.
Par l’intermédiaire de Jeanine, le jour du 14 juillet, à l’occasion de la fête nationale de la République Française, nous avons eu l’honneur d’être associées à une réception au Consulat de France de Diégo. Soirée sympathique, qui a permis à Jeanine de bavarder avec certains de ses clients patrons d’hôtels, mais aussi de faire de nouvelles connaissances, de créer de nouveaux contacts intéressés par ses ventes.
Ferme st Damien
Gérée par Thérèse aidée de 3 jeunes (un stagiaire et 2 salariés).
Comme à notre arrivée à Diégo, l’accueil a été extrêmement chaleureux.
Nous avons été surprises par l’importance de la ferme : bâtiments, matériel agricole, plantations, élevage de canards et lapins, tenue et propreté des lieux.
Deux chiens de garde permettent d’assurer la sécurité des lieux.
36000 arbres ont été plantés pour délimiter le pourtour de cette très grande propriété de 162 hectares. Une petite partie seulement est exploitée à ce jour. L’extension de la production ne pourra être envisagée qu’après avoir résolu le problème de l’eau pour l’arrosage, projet prioritaire et en cours d’étude.
Notre séjour à Diégo au sein du foyer a permis à Victorine, Thérèse et Jeanine de parler de leur vie, de leur vécu, de leurs problèmes quotidiens bien différents de la vie que nous pouvons mener ici.
Tous ces moments de vie commune nous ont marquées et notre pensée continue à partir régulièrement vers eux tous, souvenirs inoubliables et très forts.
Sœur Marie-Renée Couve, Annie Hugon, Line Lilas





